Et Dieu créa Oprah ...

Publié le par Nathanaël Ramos

The talk-show américain par excellence,Ophrah est un monument de la télévision. D'après le magazine américain TV Guide, Oprah Winfrey est, et de loin, la star télé la mieux payée aux Etats-Unis. La présentatrice et productrice du Oprah Winfrey Show, qui produit également plusieurs téléfilms par an et possède un véritable empire multimédia, gagne pas moins de 260 millions de dollars par an, soit 190 millions d'euros ! Enfant illégitime, elle naît en 1954 dans le Mississippi, État du Sud raciste. Puis suit sa mère à Milwaukee, dans le Wisconsin, et sera finalement élevée par sa grand-mère. Religion et lectures occupent la majeure partie de son emploi du temps, et Oprah gardera pour les livres la tendresse et le sentiment rassurant qu’offre un paradis où l’on échappe aux déceptions du quotidien. Violée à 9 ans, maltraitée par un cousin jusqu’à l’âge de 14 ans, c’est grâce à sa rage de réussir et à son intelligence qu’Oprah défie le sort réservé d’ordinaire aux jeunes filles noires et pauvres. Les contes de fées comme le sien ne sont pas le fruit du hasard. D’ailleurs, la chance, elle n’y croit pas. Elle avouait au magazine Paris-Match en 1999 : « Dieu a eu pour moi un rêve plus grand que je n’aurais pu l’espérer. » Ce Dieu, elle le chérit, mais loin des représentations traditionnelles du Tout-Puissant. Oprah le dessine imberbe, noir et femme. Dans son magazine, plus encore que dans ses shows, sa verve féministe s’étale à longueur de colonnes. Elle s’adresse aux femmes maltraitées ou simplement malheureuses. « Soyez vous-mêmes, votre vie passe avant celles des autres… » Ses messages sont bien différents de ceux que la société américaine traditionnelle (à qui appartiennent le plus grand nombre de ses spectateurs et lecteurs) véhicule. « Comportez-vous comme les hommes, n’ayez pas peur d’avoir des relations sexuelles sans lendemain, prenez soin de vous. » Et, au-delà de la tribune que lui offrent ses émissions, elle milite sans répit pour sauver les enfants maltraités et donner aux femmes la place qu’elles méritent. « Je veux changer la vie des gens… » Son talent a vite été repéré. À 19 ans, alors qu’elle étudie à la Tennessee State University, une télévision de Nashville l’emploie, et elle abandonne ses études quand on lui propose de présenter les informations. Elle sera la première présentatrice noire sur les antennes de la région. Trois ans plus tard, elle déménage à Baltimore et garde le même poste pendant sept ans. En 1984, c’est le début de la gloire. Oprah contacte les producteurs d’AM Chicago, un talk-show matinal sur une chaîne locale. Ils l’acceptent, et un mois après son arrivée, l’émission bat des records d’audience. En 1985, elle devient nationale, et on la rebaptise The Oprah Winfrey Show. Depuis le début, Oprah applique à elle-même les conseils qu’elle prodigue. « Soyez responsables de vous-mêmes. » Dont acte : elle possède à 100 % Harpo, la société de production de l’Oprah Winfrey Show, et 95 % de ses revenus (même si elle a beaucoup d’autres activités) proviennent de son émission, dans laquelle elle s’expose quotidiennement. Sans Oprah, pas de show, puisque son personnage en est la clé de voûte. Elle partage tout. Jusqu’à ses problèmes de poids, que la rondelette expose à la face de l’Amérique, pour mieux prouver qu’elle n’est qu’un miroir de ses concitoyens. Oprah Winfrey gagne des prix à n’en plus finir : plus de trente Emmy Awards lui ont été attribués pour ses qualités de présentation. En 1999, le magazine Newsweek la couronne « femme du siècle ». Elle a même failli remporter l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans La Couleur pourpre de Steven Spielberg en 1986 et manqua de peu la nomination pour Beloved, le film adapté du roman éponyme de Toni Morrison en 1999. C’est sa passion pour les livres qui lui fait lancer en 1996, alors au sommet de sa gloire, le Oprah’s Book Club, émission dans laquelle, chaque mois, elle incite ses téléspectateurs à lire (et acheter) les livres qu’elle a aimés. Preuve de l’habileté de l’animatrice, le slogan de son club littéraire va jusqu’à inciter ses fans à éteindre la télé et à se plonger dans la lecture. Plus populaires que littéraires, les choix d’Oprah deviendront systématiquement des best-sellers, et plus d’un auteur « intello » se mordra les doigts d’avoir refusé l’invitation de la star (dernier en date, Jonathan Franzen avec ses Corrections, qui regrette encore la polémique qu’il a provoquée en critiquant Winfrey). Quand, en avril 2002, elle annonce qu’elle souhaite mettre fin à son émission, les éditeurs américains la supplient de continuer. Sa disparition représenterait un énorme manque à gagner. Richissime, c’est elle qui gère « son » empire de plus de 900 millions de dollars, qu’elle sait utiliser à bon escient, souvent en faveur d’œuvres charitables qui correspondent à ses combats. O se vend à 2,5 millions d’exemplaires, plus que Vogue et presque autant que Playboy. Elle a embrassé George W. Bush et les plus grands de ce monde. En mars 2002, le président des États-Unis lui a même demandé de faire partie du voyage officiel de Condoleezza Rice et Karen Hugues en Afghanistan – voyage qui n’a finalement pas eu lieu. Irréprochable, Oprah ? Ses employés critiquent le culte de la personnalité qui règne à Harpo. Une chose est sûre : elle n’est pas peu fière de sa réussite. Pourtant, elle a déclaré en mars dernier vouloir abandonner son show en 2006. Et les Américains (au premier rang desquels les responsables d’ABC, qui bénéficie du succès du show) s’inquiètent. Existe-t-il quelqu’un d’aussi compatissant, compréhensif, sympathique et intelligent qu’Oprah Winfrey pour soigner, en direct, les maux de l’Amérique ? Le grand sourire qu’elle affiche imperturbablement et qui plaît tant semble prouver que non.

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